Retour à : Les aventures de Harfang et Pokus
Retour
à Nómada
  Shawinigan-Sud, Québec, Canada
le dimanche 4 août 1998, à 1 h 15



Message précédent Message suivant




Retour à la page d'accueil de Douce-Amère
Page d'accueil




Pour leur écrire,
cliquez sur
l'arobas

Pour écrire à René et Yanik
 

Shawinigan-Sud, le mercredi 31 juillet,
avec mon café, mon ordi et mon abonnement Internet

Petit message :    On s'excuse pour tout le temps qu'on a pris pour continuer la suite du récit du voyage.    On a roulé beaucoup pour revenir, un petit repos s'imposait.   En plus, le choc culturel a été plus grand au retour qu'en arrivant là-bas.   Enfin, voici la suite...


Domingo, 5 de julio

Nous avions oublié de vous dire qu'en arrivant à Acapulco, nous avons fait une petite tournée de reconnaissance et nous sommes arrivés à la Quebrada, là où des plongeurs font le saut de l'ange dans l'eau peu profonde et entre des rochers escarpés.   Quelques minutes après s'être stationné, on a vu quelqu'un sauter.   Assez impressionnant!   On ne l'a pas essayé ni l'un ni l'autre, il y avait trop de gens qui regardaient, c'est gênant.   Il y avait aussi à Acapulco des espèces d'agents de touristes, des vrais et des faux, mais tous identifiés par des cartes plastifiées avec photos.   Ces gens ont l'air d'être commandités par des restaurants ou des magasins puisqu'ils finissent par nous diriger vers un resto de leur choix.   Nous cherchions le café Internet et un agent nous a pris en charge.   Il saute dans un taxi avec nous (une coccinelle évidemment) et nous amène au café Internet, insiste pour nous attendre toute l'heure que nous y avons passée.   Au retour, un petit détour par une bijouterie où on nous offre une marguarita au frais de la maison.   Il aurait sûrement préféré qu'on achète plus qu'un petit bracelet et des cartes postales.    En sortant, il nous suggère resto, hôtel, pot, coke, massages, femmes...   ils prennent vraiment soin des touristes là-bas.   Après, il tend la main en disant qu'il a passé près de deux heures avec nous, nous lui répliquons que nous n'avions besoin que de l'adresse du café internet et rien d'autre.   Il est reparti un peu déçu de sa paye je crois.

Aujourd'hui, on quitte Acapulco et on se dirige irrémédiablement vers le nord.   Suivre les directives du Ministre des Finances s'avère également une bonne idée.   Nous allons donc escamoter la partie californienne du voyage, ce qui nous fera sauver près de 3 000 km et tous les frais s'y rattachant.   En plus, le coût de la vie en Californie n'est pas très compatible avec le budget des humbles voyageurs que nous sommes.   À partir d'Acapulco, le prochain objectif est le Gran Canyon.   C'est alors qu'on reprend la route ce matin en chantant un de nos thèmes:   "on the road again...".   Pour fins de sécurité, nous allons cependant rouler de jour seulement tant que nous serons au Mexique.

Peu avant d'arriver à Nabajoa, Nómada nous donne des signes sérieux de son état de fatigue.   Le tuyau avant du système d'échappement se casse, lentement le bruit s'intensifie et un peu de fumée et de suie du diesel consumé commence à entrer à l'intérieur.   Un peu plus tard, alors que Pokus devait tourner à droite, il ne tourne pas.   Je lui demande pourquoi, "pu de break" qu'il me répond.   On réussit à faire réparer les freins dans un garage sans garage et sans électricité.   Dindons et chèvres courent autour des outils éparpillés sur le gravier.   Ils ont fait un excellent travail pour pas cher.   J'aimerais bien voir un de nos mécaniciens dans ces conditions juste pour vérifier la largeur de son sourire.

Thursday, July 9th

Aujourd'hui est un jour bien triste à plus d'un égard.   Nous avons quitté le Mexique.   Fini d'entendre parler espagnol, cette langue si belle, si chantante et si sensuelle.   Puisqu'il y a un point positif à toute chose, nous aurons l'avantage de comprendre tout ce qu'on nous dira et on pourra s'exprimer plus adéquatement maintenant que l'anglais a remplacé l'espagnol.   Nómada nous parle encore, un bruit de courroie qui glisse, on ouvre le capot et on assiste au spectacle d'une courroie qui fond littéralement.   Il fait 42°C et nous sommes quand même souriants.   On trouve un garage, un vrai.   On change la courroie et on fait un changement d'huile, ça s'imposait.   Le soir venu, on s'installe dans un terrain de camping de l'Arizona.   Paysage assez désertique, grand pic rocheux tout près de nous, d'immenses silhouettes de cactus dans une lune pleine et immense.   L'idée nous prend donc d'aller prendre une marche dans ce paysage presque au-delà du réel.   À notre retour, deux vitres de Nómada sont fracassées et il manque beaucoup de choses.   Vêtements, CB, sacs à dos, appareil photo sont au nombre des disparus.   Mais il y a plus, tous les souvenirs, cartes postales, pièces artisanales de la civilisation Maya et tous les films de photos déjà prises.   Pas facile, mais ce voyage qui en était un de réflexions et de remises en questions avec des lectures sur la spiritualité, le détachement et le lâcher-prise, nous a permis de vivre sainement cette période de laboratoire de notre apprentissage.   Peut-être ne devions-nous rien rapporter de matériel de ce voyage, telle a été notre conclusion.   Rage et ressentiments auraient gâché le voyage de toute façon.   C'est dans la mémoire que se trouvent maintenant les images de la jungle, de Palenque, de Tikal, de scènes de vie du peuple Maya, de fabuleux paysages à couper le souffle et des doux visages d'Iliana et de Sara.   Les souvenirs les plus tangibles se retrouvent sur le site Web où vous êtes présentement.   Monique est la gardienne de ces souvenirs, merci...

Saturday, July 11th

Objectif atteint.   Depuis hier, nous sommes arrivés au Gran Canyon.   Petit coup d'oeil au canyon, puis on s'installe sur un terrain de camping à proximité.   En fait, le petit coup d'oeil, c'est une farce parce que l'immensité du phénomène, la splendeur du spectacle ne permet pas à nos seuls yeux physiques de suffire à en capter la quintessence.   Des falaises de plus de 250 mètres, une cicatrice sur l'écorce terrestre de 16 km de large à certains endroits, des rochers qui changent de couleurs à mesure que le soleil poursuit sa course, des monuments de pierres empilées par la nature elle-même sur des hauteurs vertigineuses et la rivière Colorado qui sillonne le fond du canyon avec ses nombreux rapides, l'air de dire "c'est moi qui ai fait tout ça et je continue de creuser".   Ça c'est pour les yeux physiques.   Dans une autre dimension, un rappel que nous sommes un grain de sable dans toute la création devient évident.   Humbles nous devenons en ces lieux magiques.   Si vous parlez du Gran Canyon à quelqu'un, vous verrez dans ses yeux s'il l'a vu en documentaire ou s'il en a vécu les effets en direct.

Aujourd'hui, on suit la rive sud du canyon et on arrête à plusieurs endroits, question de s'en remplir le disque dur à la mesure de la capacité de nos caméras-yeux.   Plus tard dans la journée, nous passons dans la "Monument Valley".   Nómada se sentait comme une diligence dans son premier grand rôle dans un film western.   Et nous dans des rôles de soutien, on mangeait la poussière soulevée par le galop de ses chevaux-vapeur.   Tout à coup une affiche, "Welcome to Colorado".   Nous nous stationnons au kiosque d'information touristique de l'état pour la dernière nuit du voyage en position d'arrêt total.   Demain, "on the road again..."   Les trois prochains objectifs visuels:   les majestueuses Montagnes Rocheuses et les affiches "Bienvenue au Québec" et "Shawinigan, rue Garnier, prochaine sortie".

Mardi, 14 juillet

Depuis dimanche matin, je conduis, y dort, y conduit, je dors, je conduis, y dort, y conduit, je dors...   en alternance, question de ne pas perdre une minute qui nous sépare de la maison.   On s'arrête quand Nómada a soif et on en profite en même temps pour satisfaire nos estomacs somme toute pas si affamés que ça.

Au petit matin de ce mardi, une grosse boule de feu sort de l'horizon.   Sa lumière nous fait voir une Montréal qui s'éveille.   On fonce vers la lumière, cap vers l'est à 120  km/hre sur l'autoroute Métropolitaine.   Nómada saigne de partout, tout est noir de suie à l'intérieur y compris ses deux passagers, mais elle est déterminée à relever le défi jusqu'au bout.   Il est 6 heures 30, 48 heures après le départ de dimanche matin, ô! magie, nous roulons dans les rues de Shawinigan.   On s'arrête à une cabine téléphonique pour réveiller chacun une personne de notre choix, une personne qui nous a manqué pendant le voyage, pour lui annoncer que nous étions rendus à Denver au Colorado et que si tout allait bien, on devrait être rendu à la maison jeudi ou vendredi au plus tard.   Dans les minutes qui suivirent ces appels, on frappait à la porte de ces mêmes personnes pour y réclamer un déjeuner.   La surprise était de taille et l'effet réussi.   L'émotion était au rendez-vous.

Pokus et Harfang se séparent pour la première fois depuis deux mois.   Bizarre, drôle de "feeling".   On ne vit pas dans une telle proximité et quelques fois même dans la bulle de l'un et de l'autre pendant autant d'heures sans qu'une séparation de la sorte soit sans effet.   Moi, Harfang, je fais seul avec Nómada les quelques derniers kilomètres qui me séparent de la maison.   Je me stationne et je retire les clés du contact 17 860 km après les y avoir enfoncées.

Mardi, 14 juillet, il est 9 heures

Par le pouvoir qui m'est conféré, je déclare cette extraordinaire aventure close pour ce qui est de sa partie strictement physique et matérielle.   Souhaitons que tout le travail d'intériorité que ce voyage nous aura permis de faire ait son effet pour longtemps.   Vous pourrez en constater les effets à nous côtoyer.   Un voyage comme on a fait, ça change quelqu'un.

Vendredi, 31 juillet

Après de longs jours de repos et quelques courriels réclamant la suite de l'aventure, je revis avec émotion chaque instant décrit plus haut.

D'autres messages suivront sûrement, question de vous livrer d'autres impressions et peut-être aussi quelques statistiques sur le voyage.   Alors revenez faire un tour sur le site pour voir s'il y a du nouveau.

Au cours du voyage, nous avons reçu 125 courriels sur Nomada98@usa.net .   Nous aimerions en recevoir encore.   Envoyez-nous vos impressions, vos questions...

Merci Monique pour ton hospitalité sur Douce-Amère.


Harfang y Pokus


Pour revenir en haut de la page